Ben, moi, tu sais, la vie, je fais avec.
Il y a des phrases qu’on entend souvent sans y prêter attention et puis un jour, elles nous choquent. Enfin, elle m’a choquée, moi, à ce moment-là.
C’était tôt ce matin. Une journée parfaite, fraîche et ensoleillée. J’étais bien au chaud dans cette parenthèse bisounours qu’offrent parfois les matins d’hiver.
Jusqu’à ce que j’entre dans ce café pour prendre mon latte à l’emporter. Je ne l’ai pas vu venir (comme le smatch de Jeanne, dans Jeanne et Serge). Je l’ai pris en pleine figure.
BAM !
La dame au téléphone devant moi, balance à son interlocuteur, comme une résignation polie.
Oh ben tu sais, moi, la vie, je fais avec.
Non mais ! Quoi ? Que vient-elle de dire ?
Non, non, non, je ne peux pas le croire. J’étais à deux doigts de m’effondrer sur le sol. Exit le monde des bisounours.
Oui, d’accord, j’en fais trop. Mais quand même. On ne fait pas avec la vie. On la vit.
C’est comme si cette dame venait d’avouer qu’elle ne disait plus « j’espère » mais « on verra ».
Bien sûr, on a tous des moments pendant lesquels nos rêves et nos envies disparaissent. Parce que la peur d’être déçus prend le dessus ou parce qu’on est fatigué.
Oui, c’est une phrase terriblement humaine. Elle décrit un état à un moment précis. En fait, le problème, ce n’est pas la phrase. Le problème, c’est qu’on ne mesure plus ce qu’on dit.
Faire avec, ce n’est pas renoncer, d’accord.
Mais ce n’est pas rêver non plus.
C’est juste tenir debout quand on a oublié de danser.
Alors on peut se le permettre un instant quand on a mal au pied. Seulement, n’oublions jamais que :
faire avec suffit pour survivre.
Mais pas pour se sentir vivant.
15 janvier 2026