Un café au lait tiède, s’il vous plaît

Assise à la table à côté de moi, il y a cette femme d’une trentaine d’années.

Coiffée, maquillée, pantalon tailleur noir et talons assurés.

Une élégance qui donne des complexes en quelques secondes. Surtout qu’en plus, elle a l’air sympa !

Je vous épargne le couplet sur ma dégaine à moi. Disons que je me suis levée, que j’avais besoin d’un café digne de ce nom et que j’ai encore la marque de l’oreiller sur la joue.

Oui, bon, ça arrive à tout le monde.

Bref.

Elle commande un café tiède.

Sur le moment, je me dis qu’elle est pressée. Mais non. Elle sort un ordinateur et s’installe pour travailler.

Je l’observe. Très discrètement. Je vous assure que j’en suis capable.

Tiède, ce n’est pas anodin comme choix.

En général, on commande un café au lait. Point. Ou alors glacé. Mais tiède…

Peut-être que le tiède est devenu sa philosophie de vie.

Peut-être qu’elle a appris à aimer tiède, à espérer tiède, à rêver tiède. À force de s’être trop brûlée les ailes.

Et puis, je me dis qu’il y a autre chose derrière, dans cette manière qu’elle a d’être là, sans se cacher du monde.

Demander tiède, c’est peut-être refuser de faire semblant.

Refuser de faire comme tout le monde.

Ajuster le monde à soi, même dans un café.

Ce n’est pas de l’indécision. C’est de la connaissance de soi.

C’est une question d’unicité.

Finalement, parfois, ce qu’on commande en dit plus sur nous que les mots, non ?

15 janvier 2026

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Ben, moi, tu sais, la vie, je fais avec.