🐜 Qu’est-ce que c’est ?
Cette semaine, j’ai été invitée dans une école Montessori à l’occasion de la semaine de la lecture. Pas peu fière, j’y vais le torse gonflé. Le public a entre 3 et 6 ans. Je pense que je devrai m’en sortir, j’étais quand même enseignante dans une autre vie.
Je passe la porte de l’école et là, je suis submergée. Autour de moi, des petits bouts, hauts comme 3 pommes qui parlent français, anglais, russe, portugais…
Je me sens moins gonflée d’un coup. Je me sens même toute petite face à ces mini cerveaux en ébullition.
Parmi eux, une élève ne me lâche pas d’une semelle. Elle parle l’anglais, le russe et est en train d’apprendre le français (rien que ça !) Et pour y parvenir, elle a une phrase fétiche qu’elle me pose toutes les 2 secondes.
— Qu’est-ce que c’est ?
Toute une série d’objets y passe. Un cheval, un chien, un chat. Je réponds. Elle enchaîne sans jamais se lasser.
Jusqu’à ce que nous sortions au jardin. Sa petite main dans la mienne, elle m’entraîne vers un arbre.
De nouveau la question : qu’est-ce que c’est ?
Je réponds sûre de moi. Un arbre. Elle secoue la tête. Euh, c’est pourtant bien un arbre. Alors je tente en anglais au cas où. Je sais reconnaître un arbre quand même. Non mais !
Seulement ma réponse ne lui convient toujours pas. Elle tire légèrement sur mon bras et s’impatiente face à l’ignorante que je semble être.
Prête à en découdre (un arbre c’est un arbre et pas autre chose, n’est-ce pas ?), je m’accroupis et soudain, le monde change de hauteur.
Je comprends enfin. Ce n’est pas l’arbre qu’elle me montre. C’est ce qu’il y a au pied de l’arbre.
Cette scène me fait l’effet d’une gifle.
À quel moment j’ai arrêté de regarder comme ça ? À quel moment j’ai décidé que je savais déjà ? Que j’avais les réponses ?
Il a suffi de me mettre à sa hauteur pour voir autrement.
Pour ralentir.
Pour observer.
Ce jour-là, je n’ai pas seulement répondu à ses questions. C’est elle qui m’a rappelé quelque chose d’essentiel que nous adultes avons oublié : Pour pouvoir nommer le monde, il faut savoir regarder au-delà de ce qu’on voit.
Parce qu’au pied de l’arbre, il y avait des fourmis et moi je ne les avais même pas vues.
20 mars 2026